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Une fille naturelle bien dotée (1770) 



Les filles sont souvent oubliées dans les généalogies imprimées, à plus forte raison les filles naturelles. En voilà une qui retrouve sa place.

En ce début d'année 1770, Jeanne Françoise Armand, épouse de Guillaume de Cambefort receveur du tabac à Clermont-Ferrand, conduit sa fille Marie Jeanne Louise, qui est mineure et enceinte du fait d'un jeune officier, à Paris pour y accoucher. Elles logent à l'hôtel d'Espagne rue du Colombier.

Vers la fin de la grossesse sa fille, est placée chez François Dominique Lesne, maître chirurgien et directeur de l'académie de chirurgie, rue du Petit Bourbon faubourg St Germain où elle fait ses couches le 5 avril 1770, elle a 19 ans. Aussitôt l'enfant qui est une fille est portée à St Sulpice pour y être baptisée sous le nom de Claudine Louise et déclarée de père et mère inconnus. L'enfant restera placée et élevée les premières années chez le chirurgien. La mère et la grand-mère rendront visite à l'enfant, mais la considérerons comme une étrangère et lui ferons du bien par commisération. La grand-mère connaissant bien le père le rencontre à plusieurs reprises lequel dit s'intéresser à l'enfant, mais n'étant pas encore en l'état pour lui apporter le bien qu'il souhaiterait.

Entre temps la mère s'est mariée en avril 1781 avec un chevalier de St Louis, Charles Godard d'Héllincourt originaire d'Amiens, le couple s'installe à St Venant en Artois où le mari est lieutenant pour le Roi. Mais deux ans plus-tard elle se retrouve veuve et quitte St Venant pour Paris. La grand-mère restant seule pendant ces deux années pour prendre soins de l'enfant. A son retour de St Venant la mère ne veut pas consentir à reconnaître son enfant et la laisse dans son état « d'humiliation et de crapule ». Elle part rapidement pour Clermont-Ferrand où elle épousera en secondes noces un capitaine au régiment de Condé, Charles Lebrun de Valleron.

Jeanne Françoise Armand met toute sa confiance dans un religieux Bénédictins, Louis Philippe Lieble, prêtre et bibliothécaire de l'abbaye St Germain des Près pour se charger de la jeune fille, de l'instruire et la mettre en l'état d'être confirmée et de faire sa première communion. Le religieux rencontre le père et obtint de lui 300 livres pour mettre l'enfant en apprentissage. L'enfant est placé chez une lingère dénommée Béglin, rue des Petites Boucheries à St Germain des Près, où le père lui rend visite plusieurs fois sans se faire connaître.

En 1787 le religieux la trouvant en âge de se marier, engage le père, Claude de Sesmaisons qui venait d'épouser une riche héritière, à marier sa fille naturelle, sur quoi il promit 6000 livres de dot et 600 livres de trousseau, à condition que le mariage soit convenable, et qu'il n'apparaisse en rien dans ce mariage. Le religieux ayant fait connaissance d'un jeune homme nommé Adrien Philippe Durier, marchand mercier déjà établi dans l'enclos de l'abbaye Saint-Germain, il lui parut convenable ainsi qu'à la grand-mère, quand au père il répondit qu'il tiendrait sa parole, mais qu'il n'avait pas d'argent comptant et que s'il trouvait à emprunter les 6600 livres il ferait une rente avec toutes les garanties.
La grand-mère de son coté donna 4000 livres pour sa fille, et avança les 6000 livres au père. Par acte sous seing privé Claude de Sesmaisons et son épouse consentent au remboursement par une rente viagère annuelle de 600 livres, ainsi qu'au paiement des 600 livres pour le trousseau.

Le 6 novembre 1787, Louis Nicolas Glachant de l'abbaye Saint-Germain des Près est nommé tuteur pour servir de père à Claudine Louise. Le mariage religieux est fait à Saint-Sulpice le 17 du même mois avec Adrien Paul Durier qui tenait boutique de mercerie sur le Pont Neuf et domicilié au 10 de la rue des Grands Augustins. Le 10 novembre le contrat de mariage est signé chez Me Brélut de la Grange, notaire à Paris. Dans le contrat l'épouse est nommée Claudine Louise Savary fille de père et mère inconnus. Suivant l'article 4 du contrat de mariage, la fortune de la future épouse consiste à une somme de 10600 livres que le tuteur déclare avoir entre ses mains . Cette somme lui a été remise par une personne qui ne désire être nommée, à l'effet d'être constituée en dot à la future épouse. De cette union vont naître deux enfants, un garçon en 1789 et une fille en 1795.

Il faudra attendre le 20 juin 1809, pour que Claudine Louise, soit reconnue par sa ma mère Marie Jeanne Louise de Cambefort. Sa mère était pour la seconde fois veuve, et sans enfant légitime, elle désire reconnaître sa fille naturelle pour assurer sa succession. Cette reconnaissance est passée devant Pierre Louveau notaire à Paris.
Par un jugement du tribunal de la Seine du 8 pluviose an VII Claudine Louise Savary retrouva son véritable nom, fille de Marie Jeanne Louise de Cambefort et de père inconnu. A partir de cette date elle s'appelera Claudine Louise Cambefort, son état civil sera rectifié en ce sens.

Claudine Louise Cambefort décédera, à Orléans en 1848, rue du cloître St Etienne où elle s'était retirée avec son mari, lequel l'avait précédé dans la tombe en 1836.

Voilà une oubliée de la généalogie, qui retrouve sa place dans la grande famille de Cambefort.

Yves Marret

Merci à Nadine pour ses déplacements au CARAN, qui m'ont permis de rédiger le présent article.

Sources : Archives Nationales : MC/ET/LXXXII/664, MC/ET/XIII/449, MC/ET/XXXVIII/836

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