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 L'exil des Républicains espagnols dans le Cantal : itinéraire de la famille Raurich-Farnos

(grands-parents maternels d'Éric Cantona)

                                                                                                                                

Le 26 janvier 1939, la ville de Barcelone est prise par les troupes du Général Franco. Deux jours plus tard, la France ouvre la frontière aux personnes fuyant la victoire des nationalistes. Près de 450 000 Espagnols quittent le pays ; la Retirada, retraite en Castillan, est l’une des plus importantes vagues de réfugiés.

Pédro Raurich Ventura et sa femme Francesca Farnos Treig, font partie de ces réfugiés. Le 7 ou 9 février 1939, ils passent la frontière à Cerbère. Le couple est tout d’abord interné, comme beaucoup de leurs compatriotes, dans le camp de Saint-Cyprien, puis dans celui d’Argelès-sur-Mer. Ces deux camps, comme celui du Barcarès, sont créés dans la plus grande improvisation directement sur les plages par les autorités. De nombreux autres camps d’internement ouvrent entre 1939 et 1941, à Rivesaltes, Septfonds, Vernet, Gurs etc.

Les conditions de vie y sont catastrophiques, les réfugiés sont sans cesse déplacés. La priorité, pour eux, est de sortir de cet univers d’enfermement. Quatre possibilités s’offrent à eux : le retour en Espagne ; une nouvelle émigration, notamment au Mexique, qui accueille les Républicains dès février 1939 ; l’engagement militaire ou l’embauche extérieure.

Sans tarder, le gouvernement français réagit. Une circulaire du ministère de l’Intérieur du 5 mai 1939 incite à employer les nouveaux venus, arguant qu’il s’agit de « transformer cette masse inorganisée et passive que constituent ces réfugiés en éléments utiles à la collectivité nationale ». Aussi dès le début du mois, des propriétaires du Midi recrutent des ouvriers agricoles dans les camps. Dans le même temps, des déplacements collectifs de réfugiés s’effectuent dans le cadre des camps de travailleurs étrangers (CET) qui deviennent, en septembre 1940, des groupes de travailleurs étrangers (GTE). Les réfugiés y sont affectés pour des grands travaux de défense nationale, à l’aménagement de certains camps militaires, mais aussi employés dans l’aéronautique, le génie, les eaux et forêts. Les entreprises vont puiser directement dans ces camps la main d’œuvre dont elles ont besoin, tel que les houillères de Decazeville ou bien encore l’entreprise Ballot, qui demande l’autorisation au Préfet du Cantal de faire venir 118 Espagnols pour la construction du barrage de l’Aigle.

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Pédro Raurich est quant à lui affecté avec 39 autres Espagnols à la construction du barrage hydroélectrique de Saint-Etienne-Cantalès. Maçon, il est transféré dans le Cantal pour travailler dans l’entreprise André Borie, le 11 février 1940. Il est incorporé au 401e GTE basé à Laroquebrou, employant majoritairement des travailleurs espagnols.

Au 1er octobre 1942, le Cantal totalise 1218 internés, surtout espagnols et polonais, répartis en quatre camps : le 401e GTE de Laroquebrou pour la construction du barrage de Saint-Etienne-Cantalès ; le 417e à Aurillac où les travailleurs sont affectés au bucheronnage, à l’agriculture, aux mines et à l’industrie ; les 431e et 864e GTE à Mauriac pour la construction du barrage de l’Aigle. Ces nombreux travailleurs participeront de manière active à la Résistance durant les années d’Occupation. Ainsi, au barrage de l’Aigle, un groupe de 75 Espagnols fera partie de l’organisation de résistance de l’armée (ORA).

Par ailleurs, Francesca Treig, restée à Argelès, obtient l’autorisation du Préfet du Cantal de rejoindre son mari au mois de mars 1940. Le regroupement familial est en effet consenti si les ressources du couple sont suffisantes :  Pedro Raurich ne résidant alors plus en cantonnement mais louant un appartement à Laroquebrou, il peut désormais accueillir son épouse. Ils déménagent par la suite à Saint-Gérons, puis à Saint-Etienne-Cantalès.

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C’est au cours de ce séjour dans le Cantal que naissent trois de leurs quatre filles : Olga, Léonor (qui donnera naissance à Eric Cantona) et Neves.  

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Le 23 mars 1945, Pédro est, comme de nombreux réfugiés, élargi par la Commission départementale de libération des travailleurs.

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Il part alors avec sa famille s’installer à Marseille au cours des mois suivants.

 

  Cote ADC : 1 W 229-1, 1 W 229-2 et 3 SC 7529

Document rédigé par Laure BARBET

Sources : 

Le Cantal de 1939 à 1945, les troupes Allemandes à travers le Massif central, Eugène Martres, 1993. 

L’exil des Républicains espagnols en France, de la Guerre civile à la mort de Franco, Geneviève Dreyfus-Armand, 1999.

                                                                                    

                                                                                                                                            
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 Pétain face à l'opinion cantalienne : les débats autour d'une visite

(5 et 6 septembre 1943) 

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11 novembre 1942, invasion de la zone Sud. Cette date marque aussi pour le Cantal l’arrivée des troupes allemandes dans le département et l’installation d’un nouveau préfet : Roger Homo. Nommé le jour précédent, il se distingue par son anticommunisme, son antisémitisme et entre en lutte ouverte contre la résistance.
Le régime de Vichy, depuis le 10 juillet 1940, s’efforce de maintenir l’ordre. Ce régime antirépublicain, antidémocratique, passéiste fonde sa politique sur une devise « Travail, Famille, Patrie ».
Les restrictions, privations, suspicions, commencent à peser sur les Cantaliens ; l’opinion publique prend ses distances avec la politique de Pétain et de Laval.
C’est dans cette atmosphère que le Maréchal, après plusieurs invitations, promet de venir dans le département. Le voyage, préparé avec soin, est fixé aux 5 et 6 septembre 1943.

2022 06 02Le programme est chargé. Tout d’abord, à Aurillac, visite de la Préfecture, messe basse à Saint-Géraud, visite de l’Ecole de laiterie et réception à la mairie. Le lendemain, visite de Saint-Flour, d’Allanche, d’un buron à Ségur-les-Villas et d’une laiterie à Saignes, avant son retour à Vichy.
La liste de la délégation indique que de nombreuses personnalités font partie du voyage, dont entre autres Max Bonnafos, ministre secrétaire d’Etat à l’agriculture et au ravitaillement ; René Bousquet, conseiller d’Etat et secrétaire général de la Police. 16 journalistes participent également au déplacement.
Le préfet Homo, fervent pétainiste, lance plusieurs appels à la population par voie de presse et d’affiche. Il enjoint les Cantaliens à venir acclamer le « Vainqueur de Verdun ».

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Les invitations aux maires et aux présidents de Délégations spéciales sont envoyées le 30 août 1943 : « Faites-moi donc le grand plaisir de vous trouver tous réunis à la Préfecture, le dimanche 5 septembre 1943, à 9h précises du matin. Je vous présenterai au Maréchal ».
Les légionnaires de la Légion française des combattants sont appelés à « être au 1er rang pour accueillir et acclamer leur chef vénéré…témoigner fermement leur attachement et leur fidélité ».
Malgré tous ces appels, la population cantalienne reste peu enjouée à recevoir le Maréchal. Le contrôle postal relève sur 295 allusions à la visite que 130 sont enthousiastes, 146 indifférentes, 15 redoutent de la tiédeur et 4 se montrent hostiles.
La correspondance laisse aussi transparaitre cette froideur : « le temps a coulé, les désillusions, les rancœurs se sont accumulées, la propagande étrangère a distillé son venin et la personnalité du Maréchal respectée par elle jusqu’à l’année dernière n’est plus à l’abri maintenant de ses coups d’épingle et même de butoir…à tort ou à raison on lui reproche beaucoup de choses et l’enthousiasme qu’il suscite n’est plus de commande ».
Finalement, la veille, le voyage est annulé avec pour excuse officielle, les bombardements survenus en région parisienne. Mais le peu d’enthousiasme des Cantaliens à la venue du Maréchal, ainsi que des divergences entre la corporation agricole et l’entourage de Pétain sur différentes questions ne laissent que peu de doutes sur les vraies raisons de cette annulation. Pétain et Laval avaient, entre autres, refusé à Pourtier et Laurens, les deux syndics nationaux, d’exempter les agriculteurs de la classe 1942 du STO.


Le 4 septembre 1943, le préfet Homo adresse au Maréchal sa peine et, malgré tout celle de ses administrés après l’annulation du voyage, lui rappelant que c’est la troisième fois que le chef de l’Etat reporte sa visite dans le Cantal.
En réponse, le 27 septembre, le Maréchal clame son attachement au département : « J’ai toujours aimé cette terre Auvergnate, sa race rude et indépendante… j’allais lui redire mon affection ».
En remplacement, il recevra avec Laval, à Vichy le 9 novembre 1943, une délégation de 26 représentants pétainistes cantaliens.

2022 06 07

  Cote ADC : 1 W 93

Document rédigé par Laure BARBET

Source : Le Cantal de 1939 à 1945, les troupes Allemandes à travers le Massif central, Eugène Martres, 1993.

                                                                                    

                                                                                                                                            
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 Jean Pierre Mader entre aux archives : mémoires sensibles autour du barrage de Bort-les-Orgues

A priori, l’association peut surprendre : quel lien peut bien unir Jean-Pierre Mader, interprète du grand succès Macumba, aux Archives du Cantal ?

Pour mieux comprendre, il faut remonter en 2011 et aux travaux de recherche conduits par l’anthropologue Armelle Faure. Tandis que l’on célèbre le 60e anniversaire de la construction du barrage de Bort-les-Orgues, il est remarqué que certaines voix manquaient à la commémoration :  celles des « gens de la vallée », hommes et femmes contraints de quitter leurs maisons et leurs terres alors que celles-ci étaient recouvertes par les eaux. Un projet émerge alors : celui d’aller à la rencontre des anciens habitants des villages disparus, et de recueillir leurs souvenirs afin de garder une trace de leurs expériences pour les générations futures.

La collecte d’archives sonores, utilisée de longue date en ethnologie et mise en avant dès les années 1990 par certains chercheurs tels que Florence Descamps[1], fait aujourd’hui partie des outils mis à disposition de l’historien pour appréhender des événements sous un angle plus personnel, et parfois plus riche, que ne le permettent les sources textuelles et iconographiques, en recherchant des informations qui n’auraient peut-être jamais été couchées sur le papier. C’est dans cette dynamique qu’est constitué au début des années 2000 un service d’archives audiovisuelles aux Archives départementales du Cantal : outre la réception de documents sonores et vidéos produits et donnés par des personnes publiques et privées, ce service est d’emblée conçu avec l’objectif de collecter des témoignages oraux en ciblant des personnes et des thématiques variées, reflétant l’histoire sociale, culturelle et économique cantalienne. Les enregistrements ainsi réalisés sont ensuite réécoutés, décrits, indexés et mis à disposition du public, en salle ou en ligne, suivant les conditions formulées par les témoins quant au respect de leur vie privée.

Le travail d’Armelle Faure, réalisé en partenariat avec EDF et les Archives départementales de la Corrèze et du Cantal, aboutit au recueil des paroles de 31 personnes pour plus de 50h d’enregistrements, conservés par les trois services d’archives. La publication d’un beau livre[2] (2012), puis d’un catalogue[3] (2016) élargi aux autres barrages sur la Dordogne, favorise la diffusion de ces témoignages dont la réutilisation est alors explicitement souhaitée, non seulement en tant que sources pour la recherche historique, mais aussi en tant que matériau pour la création artistique (théâtre, installations sonores ou visuelles…).

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C’est ainsi qu’à la suite de ce travail sont nées plusieurs initiatives entrant dans cette démarche sensible : peinture, littérature, périple à pied… et finalement, la musique. En 2020, l’auteur-compositeur Pol Monnier s’associe à Jean-Pierre Mader pour mettre en musique des extraits tirés de ces témoignages. Interprétés lors de récits-concerts pour le 70e anniversaire du barrage, puis illustrés par Pascale de Rességuier, les morceaux composant Les Mots Enfouis sont devenus un album, déposé aux Archives du Cantal : de témoignage, l’archive sonore est alors devenue « oralittérature ».

 

Pour découvrir les enregistrements présentés, scannez les QR codes à l’aide d’un smartphone.

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Les Mots Enfouis, 2021

Témoignage d’Yves Juillard (ADC, AV 412-1)

[1] DESCAMPS, Florence, L’historien, l’archiviste et le magnétophone : de la constitution de la source orale à son exploitation, Comité pour l’histoire économique et financière de la France, 2001 (8 BIB 2442)

[2] FAURE, Armelle, MAISONABE, Adélaïde, Bort-les-Orgues. Les Mots sous le lac. Récits et témoignages d’avant le barrage, Editions Privat, 2012 (8 BIB 3198)

[3] Patrimoine. Barrage et habitants. 100 témoignages oraux : la vallée de la Dordogne et ses 5 grands barrages, EDF, Archives départementales de la Corrèze, Archives départementales du Cantal, Art et Caractère, 2016 (8 BIB 3511, disponible en ligne : https://archives.cantal.fr/ark:16075/1eba9e32ac93621e963b0050568bb1e3.fiche=arko_fiche_5fc104bdb73bc.moteur=arko_default_5fe0d0b5a0d5e)  

                                                                                                                                                   

 

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 Le système métrique dans le Cantal par Jean-Baptiste Franiatte [vers 1800]

                                                                                                                                2022 05 01

Jean-Baptiste Franiatte, expert géomètre de la ville d’Aurillac et commissaire pour les poids et mesures du département du Cantal, est à l’origine d’une des premières tentatives de réalisation d’un tableau de concordance entre les anciennes mesures héritées de l’Ancien Régime et le système métrique mis en place par la Révolution. En 1789, il n’existe aucun système de mesure unifié entre les diverses régions de France. L’étalonnage des poids et mesures est alors octroyé au roi, et on dénombre dans le royaume plus de 800 unités de mesure différentes. Certaines sont liées à la morphologie du corps (pouce, doigt, poignée, brassée, pied, pas), d’autres au travail (hommée, fauchée, journal), d’autres encore au transport (ânée, charge, sac, tonneau). La complexité vient aussi de ce qu’une même dénomination, le pied, par exemple, correspond à une vingtaine de longueurs différentes selon les lieux et les corps de métier. Ainsi dans le Cantal, pour les mesures agraires, on utilise la sétérée, le journal ou la cartelée, mais tandis que la sétérée d’Aurillac vaut 17,83 ares (ou 1783 m2), celle de Maurs vaut 32,10 ares (ou 3210 m2). Et il en va de même pour l’ensemble des unités de mesure de distance, de longueur, de surface ou de poids. Une même dénomination peut recouvrir des réalités très différentes selon les localités.

Un tel système, source de confusions et d’embarras, constitue une entrave au commerce et à l’industrie dont l’essor réclame un système unifié. Sous l’Ancien Régime, plusieurs tentatives de simplification et d’uniformisation avaient déjà été faites, malheureusement sans succès, et la réforme des poids et mesures reste une des revendications les plus fréquemment exprimées dans les cahiers de doléances. « Un roi, une loi ; un poids et une mesure » est bien une des doléances inscrites à l’ordre des États généraux de 1789. L’abolition des privilèges ouvre la voie à une réforme enfin possible. Le roi n’étant plus à l’origine de l’étalonnage, il s’agit de trouver dans la nature « une mesure universelle et invariable, reproductible et vérifiable partout et toujours » (Talleyrand). Le 26 mars 1791, le choix du quart du méridien terrestre comme unité universelle et naturelle est fait sur la recommandation de Condorcet et de l’Académie des sciences, car cette mesure « ne renferme rien ni d'arbitraire, ni de particulier à la situation d'aucun peuple sur le globe ». La naissance du mètre – dont la longueur est établie comme « égale à la dix millionième partie du quart du méridien terrestre » – est officialisée par le décret du 1er août 1793, « qui établit pour toute la République la même uniformité dans les poids et mesures ». Ce premier décret est complété par celui du 18 germinal an III (7 avril 1795) qui institue le système métrique décimal. Il s’agit d’une véritable révolution dans le calcul des surfaces et des volumes. L’unité de mesure de base étant déterminée, il suffit désormais d’établir toutes les unités de mesure qui en découlent : le mètre carré, le mètre cube, le litre, le gramme… Ce décret supprime et interdit toute autre unité de mesure. Toutefois, on imagine aisément que la mise en pratique du système métrique n’a pu se faire en quelques mois ou même quelques années. Il est impossible d’abolir des siècles de pratiques et d’habitudes en si peu de temps. A l’heure de l’euro, certains de nos compatriotes parlent toujours en anciens francs alors qu’ils n’ont plus cours depuis plus de 60 ans ! Ce document n’est pas daté mais il est dit « présenté au citoyen Riou Préfet du Cantal ». Il s’agit du premier préfet du Cantal en poste depuis le 11 ventôse an VIII (2 mars 1800). On sait aussi que le même Franiatte est l’auteur du Tableaux des anciens poids et mesures en usage dans la ci-devant Haute-Auvergne comparés aux poids et mesures du nouveau système métrique publié en 1802. On peut donc raisonnablement dater ce document de la période 1800-1801, soit près de 5 ans après l’interdiction des anciennes unités de mesure.

                                                                                                                    2022 05 02

Par son travail, Jean-Baptiste Franiatte fait œuvre de vulgarisation. Il se propose de donner « un rapport réciproque des mesures anciennes et nouvelles, avec différents moyens de les comparer les unes aux autres ». Les unités de mesure ne portent pas encore toutes les dénominations actuelles. Il utilise le mètre, le mètre carré et le mètre cube, le kilogramme ou « nouvelle livre » mais aussi la « lieue républicaine », la « perche républicaine » ou encore la pinte et le boisseau. Mais là n’est pas l’essentiel, la véritable révolution est qu’il s’agit bien désormais d’un système décimal unifié. Franiatte établit un tableau de concordance entre toutes les mesures dites « anciennes » et les mesures dites « républicaines ». L’aune de 44 pouces, mesure de longueur utilisée dans le canton d’Aurillac, vaut désormais 1,191 mètres et à l’inverse le mètre vaut 0,839576 aunes de 44 pouces. Pour bien se faire comprendre, il donne en exemples plusieurs cas pratiques de conversion : « On demande combien font 100 mètres linaires en aune de 44 pouces. Multipliez par 100 le nombre 0,839576 (rapport du mètre à l’aune). Séparez ensuite les six derniers chiffres vers la droite par une virgule, parce que le multiplicande a six décimales, et vous trouverez que le résultat de la multiplication donne 83 aunes 957600, c'est-à-dire 83 aunes 96 centièmes en négligeant les quatre derniers chiffres et en augmentant d’une unité la décimale précédente ». Pour Jean-Baptiste Franiatte c’est un « moyen simple de convertir en fractions anciennes, les fractions décimales ». Autre exemple « Le kilogramme ou livre républicaine fait en livres anciennes de 16 onces, 2,042877 livres. Si l’on veut savoir combien d’onces font ces fractions décimales, on les multiplie par 16 et l’on trouve 0,686032 once. Ces fractions ne contenant pas d’onces, comme l’on voit, on cherche combien de gros elles contiennent, et l’once étant composé de 8 gros, on les multiplie par 8 qui donnent 5,488256 gros : il faut multiplier les fractions décimales des gros pour trouver combien de grains elles contiennent, et le gros étant composé de 72 grains, l’on multipliera 488256 par 72, pour trouver 25,154432 grains. Par conséquent le kilogramme ou nouvelle livre vaut 2 livres 5 gros 35 grains 15 centièmes de grain » et tout cela sans calculatrice ! Je vous laisse seuls juges de la simplicité du procédé.

Cotes ADC : 3 Z 16

Document rédigé par Nicolas Laparra

Sources : Christiane DOUYÈRE-DEMEULENAERE, « Le système métrique décimal », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 20 avril 2022. URL : http://histoire-image.org/fr/etudes/systeme-metrique-decimal

                                                                                    

                                                                                                                                            
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 Souvenirs du Colonel de La Rocque à Vic-sur-Cère

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Dans le petit village d’Olmet, sur la commune de Vic-sur-Cère, se trouvent deux bâtiments édifiés dans les années 1960 en souvenir du Colonel de La Rocque : la chapelle Notre-Dame-des-Croix et la « Maison du souvenir ». Ils ont été dessinés et conçus par Alphée Delrieu, architecte à Vic-sur-Cère, dont le fonds est en cours de classement aux Archives départementales. L’histoire de ces bâtiments est méconnue et pose questions. Pourquoi honorer la mémoire du Colonel de La Rocque dont l’image est pour le moins ambiguë ? Et pourquoi à Vic-sur-Cère ?   

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Né le 6 octobre 1885 à Lorient, François de La Rocque (1885-1946) descend d’une famille originaire de Haute-Auvergne, qui tient son nom du hameau de La Roque à Saint-Clément. Il est le fils du général d’artillerie de marine Raymond de La Rocque. Il entre à Saint-Cyr en 1905, puis sert en Algérie et au Maroc. Grièvement blessé en 1916, il est rapatrié en France mais repart volontairement dans les tranchées de la Somme pour y commander un bataillon. La Rocque est en 1918, à 33 ans, le plus jeune chef de bataillon de l'armée française, avec dix citations au combat. Il est décoré de la croix de guerre et est fait officier de la Légion d'Honneur. Il démissionne de l’armée en 1927 avec le grade de lieutenant-colonel et entre en 1929 aux Croix de Feu, association d'anciens combattants fondée préalablement à son arrivée par Maurice d'Hartoy et réservée aux seuls décorés de la croix de guerre.

Il en prend la présidence en 1932 et ouvre le mouvement aux non décorés, ainsi qu’aux femmes et aux plus jeunes. La Rocque et les Croix-de-Feu se distinguent des autres ligues par leur respect de la légalité républicaine. Il refuse en outre toute alliance avec l’extrême-droite de Doriot et le mouvement de la Cagoule. Il sera un opposant avéré aux courants et discours antisémites. Néanmoins le colonel de La Rocque subit des injures et des calomnies très violentes et devient, pour une partie de l'opinion, le symbole du fasciste français, en raison notamment de son étiquette nationaliste, de son attachement à un régime parlementaire fort et de son attitude mal comprise vis-à-vis du régime de Vichy pendant la Seconde Guerre mondiale.

Suite à la dissolution des « ligues », La Rocque fonde en 1936, aux côtés de l'aviateur Jean Mermoz, le Parti Social Français (PSF). A la veille de la guerre, le PSF est le plus important parti politique français, avec un million d’adhérents. Le 16 juin 1940, il signe un éditorial intitulé « Résistance », dans le Petit Journal, et quand survient l'armistice du 22 juin 1940, il rappelle que cette situation dramatique ne suspend nullement les hostilités et dénonce la collaboration avec l'Allemagne : « pas de collaboration sous l'occupation ». À l'égard du régime de Vichy, il précise : « loyalisme à l'égard du maréchal Pétain, mais réserve absolue à l'égard du gouvernement de Vichy ». Il est le fondateur du réseau Klan (juin 1942) destiné à recueillir des renseignements militaires transmis aux services britanniques. Interrogé une première fois en 1941 par les Allemands, La Rocque est arrêté le 9 mars 1943 par la Gestapo en même temps que 150 cadres PSF. Interné à Fresnes puis à la prison du Cherche-Midi, La Rocque est transféré à Eisenberg (Tchécoslovaquie) aux côtés de Pierre de Gaulle puis à Itter (Autriche). Il revient en France libérée le 9 mai 1945 et se voit placé en internement administratif jusqu'au 31 décembre 1945 afin de l'éloigner des affaires politiques, notamment des négociations du Conseil national de la Résistance. À sa sortie d'internement administratif, il est assigné à résidence et décède quelques mois plus tard, le 28 avril 1946, des suites d’une intervention chirurgicale.

Il est enterré au cimetière de Saint-Clément avec trois de ses fils, dont deux aviateurs morts pour la France. Même après sa disparition et malgré l’ambiguïté de son image, ses partisans restent très attachés à son souvenir. « Depuis la mort de mon grand-père, un certain nombre de fidèles éprouvaient le besoin d'aller se recueillir sur sa tombe. Il y avait un caractère d'improvisation, et une certaine attente », explique Hugues de la Rocque, petit-fils du colonel[1]. Quinze ans plus tard, jour anniversaire de la Déportation, le général de Gaulle, président de la République, fait remettre à Madame de La Rocque la médaille de déporté-résistant à titre posthume et réhabilite ainsi le souvenir du Colonel.

         François de La Rocque était lié à Vic-sur-Cère par le château d’Olmet qu’il avait eu l’occasion de louer avec sa famille pour les vacances estivales avant-guerre. En fait de château, il s’agit d’un manoir du XIXe siècle situé sur le versant est de la vallée de la Cère. Au début des années 1950, le domaine est acquis par la Fondation Jean Mermoz, dite de l'« Aérium des Croix », pour l'accueil et l'hébergement d'enfants orphelins de pilotes de l'armée de l'air et la prise en charge d'enfants atteints de difficultés respiratoires. C’est donc tout naturellement sur ce domaine que les amis du Colonel de La Rocque, associé à la Fondation Jean Mermoz, décident de faire édifier une chapelle en mémoire des aviateurs tués au combat, ainsi qu’une « Maison du souvenir ». Le musée est inauguré le 21 juin 1964 et ses collections ne cessent de s’accroître grâce à de nombreux dons. Il renfermera les archives du Colonel jusqu’en 1984, date à laquelle elles furent déposées aux Archives nationales pour des raisons de conservation matérielle et pour les rendre plus accessibles aux historiens. Les derniers partisans disparus, le souvenir de François de La Rocque s’est estompé et le musée a peu à peu perdu sa raison d’être, avant de fermer définitivement ses portes.

[1] « Le musée n'a pas survécu au souvenir » par Jean-Baptiste Ledys, La Montagne du 25 août 2011.

Cotes ADC : fonds Alphée Delrieu, plans en cours de classement ; portrait 40 Fi 372 catalogue du musée 8 BIB 80-37 ; photographie de la chapelle 31 NUM 10182

Document rédigée par Nicolas Laparra 

                                                                                                                                                   

 

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