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Racheter ses pêchés pour sauver des vies :

les indulgences pour la rédemption des captifs en Méditerranée (1737)

Le document présenté en ce mois de février est un mandement de l’évêque et seigneur de Saint-Flour, Joachim-Joseph d’Estaing en date du 13 août 1737. C’est à dire une instruction religieuse, destinée à l’ensemble des membres et fidèles de son diocèse, par laquelle il autorise Guillaume Cebiel, habitant de Saint-Flour à « recevoir et ramasser les Aumônes qui seront faites par les fidèles de notre diocèse pour la Rédemption des Fidèles Captifs parmy les Infidèles ». Le dit Cebiel est commissionné à cet effet par le révérend père Claude de Massac, général de l’ordre de la Très Sainte Trinité et de la Rédemption des Captifs, aussi dénommé ordre des Trinitaires ou Mathurins. Cet ordre, fondé en 1194 par les Français saint Jean de Matha et saint Félix de Valois et approuvé en 1198 par le pape Innocent III, a pour but de racheter les chrétiens captifs des mercenaires musulmans. ......[Lire la suite]

L'oreille cassée à Tourniac 

Il ne s’agit pas d’un lointain précurseur au célèbre album de Tintin, mais d’un acte de la cour du seigneur trésorier du monastère Saint-Pierre de Mauriac tenu en la place de Tourniac, le 4 octobre 1540. La scène se déroule en présence de Victor Dupuy, lieutenant de la terre et juridiction dudit trésorier, par devant la maison d’Antoine Vigier. Il s’agit d’attester en présence de plusieurs témoins que son fils, Victor Vigier, âgé d’environ vingt ans « est homme de bien […] lequel n’a jamais esté atteint ny condamné par justice ny autrement daucung crime ». Que s’il lui manque une partie de l’oreille droite ce n’est pas suite à une condamnation infamante mais c’est parce qu’« estant petit au berceau » « un pourceau luy avait manghé et emporté quasy toute la susdite oreille dextre ».

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Sous l’Ancien Régime, la « flétrissure », peine afflictive et infamante, est coutumière. Les peines qui altèrent l’extérieur de la personne, en rendant son apparence moins agréable, sont les signes du délit. Ancêtre du casier judiciaire, la marque d’infamie ou la flétrissure marquait le corps des criminels et délinquants. Les hommes et les femmes réputés infâmes étaient ainsi définitivement mutilés. La Justice laissait une trace de son pouvoir sur le corps des déviants et sur les âmes des spectateurs venus nombreux assister à la dégradation de celui ou de celle avec qui ils n’auraient su faire société. « L’infamie – note Beccaria, en 1764, au chapitre XXIII Des délits et des peines – est un signe de réprobation publique, qui prive le coupable de la considération générale, de la confiance de la patrie et de cette sorte de fraternité qui lie les membres de la société ». L’infamie, privation de la réputation (in famia), comme système d’exclusion connaît son âge d’or sous l’Ancien régime.

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L’« essorillement » ou amputation des oreilles concerne par exemple les faux-monnayeurs ainsi identifiables après avoir commis ce crime de lèse-majesté qui mine le monopole régalien sur la monnaie. Mais pas seulement, on amputait la plupart du temps une oreille aux voleurs et aux femmes accusées de parjure. D’après Roger Grand, dans son ouvrage Justice criminelle, procédure et peines dans les villes aux XIIIe et XIVe siècles, à Aurillac « pour avoir volé une vache, Pierre Deffage a l’oreille coupée »[1].

 On comprend, dès lors, la volonté d’Antoine Vigier de préserver l’honneur et la réputation de son malheureux fils, victime de l’appétit d’un porc dans son enfance. Le lieutenant, représentant de Charles Boudet, trésorier du monastère Saint-Pierre de Mauriac, et seigneur justicier du village de Tourniac, entend le témoignage de voisins, dont Jacques Lacombe, prêtre âgé de cinquante ans, qui confirment et attestent les dires du père, en prêtant serment sur les saints Evangiles. Le lieutenant en donne acte, et Pyrieudy, greffier, signe et appose le sceau de ladite cour, confirmant la validité de cet acte. Il est a noté toutefois que le document parvenu jusqu’à nous ne comporte ni signature, ni sceau. Il semble s’agir d’une copie postérieure, certainement du XVIIe siècle.

[1] Roger Grand, Justice criminelle, procédure et peines dans les villes aux XIIIe et XIVe siècles, Paris Nogent-le-Rotrou, impr. de Daupeley-Gouverneur, 1941, p. 95 (cote ADC : 8 BIB 1438)

Illustration : Un voleur essorillé. Coutumes de Toulouse (1295-1297), Bibliothèque Nationale de France

Document rédigé par Nicolas Laparra

 

                               Cote ADC : 104 J 75

      

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