Adhésion

RGC
Open menu

Prisonniers de guerre évadés à Aurillac

(14 août 1916)

L

Le document présenté en ce mois d’avril est l’occasion de mettre en avant une collection de photographies qui vient d’être inventoriée, numérisée et mise en ligne par les Archives du Cantal. Il s’agit de la sous-série 66 NUM, dite fonds Lionel Combes, ouverte en 2017, et qui s’est accrue de près de 3000 nouvelles images. Cette collection est constituée de photographies collectées et collectionnées par M. Combes, puis prêtées par ses soins aux Archives afin d’être numérisées et ainsi mises à la disposition du public. On y trouve une vingtaine d’albums photos, plusieurs fonds familiaux ou traitant de divers sujets, ainsi que de nombreuses pièces isolées. C’est parmi ces dernières qu’a été extraite la photographie présentée ici.

2026 04

Elle porte au verso la mention manuscrite « Prisonniers de guerre évadés ramenés par la gendarmerie à Aurillac le 14 août 1916 ». C’est un cliché très rare, presque unique, attestant de la présence de prisonniers de guerre dans le Cantal lors de la Première Guerre mondiale. On peut y voir trois prisonniers en uniforme, entourés de gendarmes français, devant l’entrée de la caserne de gendarmerie d’Aurillac, alors située dans une aile de l’actuel palais de justice.

Le premier convoi de prisonniers allemands arrive à Aurillac dès les 21 août 1914, soit moins de trois semaines après la mobilisation générale[1] : « Cet après-midi à 2 h 30, 340 prisonniers allemands sont arrivés en gare d’Aurillac. La nouvelle de leur arrivée s’était vite répandue en ville, et dès 1 h 30 une foule énorme, tout Aurillac pourrait on dire, se massait dans la cour et sur l’avenue de la Gare. […] Au moment où les prisonniers franchissent la barrière qui sépare l’octroi du buffet, des cris s’élèvent : « Hou ! Hou ! A bas la Prusse ! » Cette manifestation que nous ne craignons pas de désapprouver est de courte durée. Il est regrettable que des Français ne sachent pas maîtriser un ressentiment qui, pour être explicable, n’en est pas moins déplacé. De nombreux prisonniers étaient en effet blessés. Tous étaient désarmés et vaincus. Parmi eux se trouvaient quelques-uns de nos frères d’Alsace et de Lorraine […] Ce sont là des ennemis sans doute, mais des ennemis vaincus [...] Sur tout le parcours (de la rue de la Gare à la place Saint-Géraud), les curieux sont nombreux, les commentaires animés, mais pas un cri n’est proféré. On se contente de regarder les uniformes gris des prisonniers. La plupart d’entre eux sont coiffés de casquettes ou de chapeaux. D’autres ont de simples bonnets gris, mais à la grande déception du public, on n’aperçoit pas de casque à pointe »[2].

A l’été 1916, ce contingent de prisonniers augmente fortement. L’Avenir du Cantal en fait écho dans son édition du 12 juillet 1916 : « Nous avons dit que 450 prisonniers austro-boches étaient arrivés samedi matin et avaient été casernés aux Baraquements. […] Ils viennent dans le Cantal sur la demande de M. Hélitas, préfet du Cantal, pour être mis à la disposition des agriculteurs de notre département. […] Cela fait 573 prisonniers nouveaux qui ajoutés aux 172 déjà internés à Aurillac forment un total de 745 prisonniers austro-boches »[3]. Difficile de savoir avec certitude, si les trois prisonniers photographiés le 14 août devant la gendarmerie d’Aurillac étaient parmi ces nouveaux arrivants, même si cela semble fort probable. Ce cliché est en effet la seule trace directe de cette évasion conservée aux Archives. Les prisonniers aurillacois semblent bien traités, dans la mesure où s’ils sont certes contraints de travailler, ils bénéficient des mêmes horaires que les ouvriers civils et sont rémunérés pour leur ouvrage. Le 16 mars 1916, deux officiers de l’armée suisse sont envoyés à Aurillac inspecter les dépôts de prisonniers : « ils se sont déclarés satisfaits de leur visite et ont constaté que les boches étaient ici très bien traités[4] ».

Malgré tout, les évasions sont assez fréquentes. C’est ainsi que quelques jours plus tôt, dans la nuit du 4 au 5 août 1916, 10 prisonniers parviennent à tromper la surveillance de leurs gardiens pour s’enfuir. Ils faisaient partie d’un détachement de 25 prisonniers, « pour la plupart des boches qui avaient déjà tenter de s’évader », envoyés à Leucamp pour travailler aux mines de wolfram. « Pour s’échapper, ils avaient pratiqué une ouverture dans le mur de l’immeuble qui leur servait de cantonnement. Ils courent encore ! Les brigades de gendarmerie sont à leur recherche[5] ». Là encore, impossible de savoir si les trois évadés photographiés faisaient partie de ce contingent, on ne peut qu’en faire l’hypothèse. On sait toutefois « qu’ils ont été rattrapés et remis à l’autorité militaire »[6].

Cote ADC : 66 NUM 1492

Texte rédigé par Nicolas Laparra

[1] La vie quotidienne dans le Cantal, Prisonniers. Œuvres (1914-1919) par Germain Pouget, juin 1992 (cote ADC : 8 BIB 1619-5)

[2] Un convoi de prisonniers Allemands est arrivé à Aurillac par Henri Alriq dans Le Cantal Républicain du 22 août 1914 (https://archives.cantal.fr/ark:16075/1eba9de57f6f6942a44e0050568bb1e3.fiche=arko_fiche_5fbfc4772b7e8.moteur=arko_default_5fbfc22f55ae9)

[3] https://archives.cantal.fr/ark:16075/1eba9dd8b1a76304a2930050568bb1e3.fiche=arko_fiche_5fbfc46ad4d40.moteur=arko_default_5fbfc22f55ae9

[4] Le Cantal Républicain du 18 mars 1916 : https://archives.cantal.fr/ark:16075/1eba9da1802567d6bf930050568bb1e3.fiche=arko_fiche_5fbfc466278df.moteur=arko_default_5fbfc22f55ae9

[5] Le Cantal Républicain du 11 août 1916 : https://archives.cantal.fr/ark:16075/1eba9da1bf086f848e7d0050568bb1e3.fiche=arko_fiche_5fbfc466278df.moteur=arko_default_5fbfc22f55ae9

[6] Le Cantal Républicain du 27 août 1916 : https://archives.cantal.fr/ark:16075/1eba9da1c4d26a8cb25f0050568bb1e3.fiche=arko_fiche_5fbfc466278df.moteur=arko_default_5fbfc22f55ae9

.



I

Venir nous voir

Image aléatoire

À chaque nouveau chargement de cette page est affichée aléatoirement une image différente tirée de notre stock de photos du Cantal

Cliquer sur l'image pour l'agrandir

Calendrier d'événements

Lun Mar Mer Jeu Ven Sam Dim
1
2
3
5
6
7
8
9
10
11
12
13
14
15
16
17
18
19
20
21
22
23
24
25
26
27
28
29
30